Tempête Klaus: quelles conséquences et quel avenir pour les forêts ?
Par Gregoire Macqueron le jeudi 29 janvier 2009, 17:20 - Environnement & Développement durable - Lien permanent

Une tempête dévastatrice
La tempête qui a soufflé sur le Sud-Ouest de la France, mais aussi en Espagne et en Italie fut d'une violence comparable à celle de 1999, mais de manière plus localisée. En certains endroits de Girondes et des Landes, jusqu'à 60% de la superficie des forêts ont été dévasté.
Un secteur économique gravement touché et en crise
Un secteur économique très importants
En Aquitaine, la forêts couvre 1,7 millions d'hectare, dont 1 million cultivés en Pins Maritimes. la filière bois représente un chiffre d'affaire de 2,6 milliards d'euros (supérieur à celui des vins de Bordeaux), 34 000 emplois directs et 40 000 sylviculteurs.Cette tempête touche donc gravement le milieu sylvicole, dans un secteur déjà en crise et qui se remettait tout juste des effets de celle de 1999.
D'après le secrétaire général adjoint du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, c'est 300 000 ha qui ont été détruits en première estimation. Les débouchés possibles pour les bois seront la papeterie et le bois de chauffage pour les plus abîmés et la construction pour les bois en meilleurs état. Hélas, le marché espagnol, qui avait joué un rôle important après 1999, est aujourd'hui en crise.
En effet, si les conséquences seront les mêmes qu'en 1999 selon l'ONF, soit 4 ans de récolte perdue, le contexte est tout autre. Le marché de la construction subi les effets de la crise économique. Selon E. Toppan, de la Fédération Forestiers Privés de France, les carnets de commandes étaient vides et les stocks importants avant même la tempête. Il sera donc difficile d'écouler ce bois et par conséquent peu rentable de le stocker et de l'arroser pour éviter qu'il ne pourrisse.
Petits propriétaires forestiers comme industriels de la papeterie avaient déjà du mal à vendre leur production, alors le stock à écouler ne présage rien de bon. Ce qui n'empêche pas certains consommateurs de s'étonner du prix du bois de chauffage ou de menuiserie chez les revendeurs. La filière du bois-énergie est en effet peu développée en France, tant au niveau de la distribution que des capacités (réduites) de consommation.
Les assurances paieront, mais pas pour les forêts
Les dégats de cette tempête couteront aux assureurs autour de 600 millions à 1 milliards d'euros selon les dernières estimations. Cependant, il faut savoir que les forêts ne bénéficient pas du statut de catastrophe naturelle et ne sont donc pas couvertes par les assurances.
Les propriétaires avaient donc déjà réinvesti après la tempête de 99, et ce à long terme, car il faut au moins 50 ans pour exploiter un Pin, qui est déjà un arbre à croissance très rapide. Sans aide des assurances ni de l'État, seront-ils capables, voudront-ils encore réinvestir et replanter ?
Vers quel reboisement ?
Cette tempête est une catastrophe à la fois économique. La question est maintenant "sera-t'il possible de reboiser ? Comment faire pour rendre les forêts plus résistantes à l'avenir ?
« Ne reproduisons pas les erreurs du passé. Restaurer les forêts à l’identique, c’est passer à côté des enjeux de gestion durable et du rôle multifonctionnel des forêts. Les méthodes de reboisement mises en œuvre depuis 50 ans sont qualitativement défavorables à la conservation de la biodiversité, à la qualité des paysages et comme on vient de tragiquement le constater à la capacité à résister aux tempêtes. »
déclare Emmanuelle Neyroumande, responsable forêt au WWF-France.
Promouvoir un reboisement écologique favorisant le reboisement naturel et la constitution de forêts aux arbres d'espèces et d'âges variés. Dans le cas des Landes, ce serait une mosaïque de Pins Maritimes agrémenté de Chênes et de Bouleaux.
Dès la tempête de 1999, le WWF, Greenpeace, France Nature Environnement et les Réserves Naturelles de France avaient diffusé une Charte en ce sens, qui et toujours d'actualité.
Ce type de reboisement a été mis en œuvre après 1999 dans les Vosges et, 10 ans après, porte ses fruits.
"La tempête a changé la vision de la forêt", se félicite B. Maetz, maire de La Grande Fosse, commune vosgienne qui dépendait à l'époque quasi-exclusivement de l'industrie du bois.
"La tendance +avant tempête+, c'était le productivisme (...) On plantait de l'épicéa, très rentable mais très fragile (...) Désormais, la forêt est plus résistante car ses essences sont plus diversifiées", se réjouit-il. (1)
Mais penser au reboisement ne suffit pas. Le ministre de l'agriculture, Michel Barnier, a annoncé un "plan global" pour panser les blessures infligées par Klaus. Celui-ci est articulé en 3 phases:
- Évaluer les dommages et dégager les sites
- Stocker le bois
- Mettre en place toute une infrastructure (fiscale, équipement, distribution) pour développer le recours au bois-énergie.
Une première enveloppe de 5 milliards d'euros a été débloquée dans cette perspective, et la France fera appelle en plus au fond de solidarité européen.
Edit du 30/03/09: Le fond Chaleur renouvelable, qui finance une partie des installations de production de chaleur renouvelable, a été adapté pour les projets de chaudière à bois qui s'engagent à utiliser du bois issus de la tempête (2).
Mais il y a un risque que les propriétaires forestiers décident d'abandonner, faute de moyens ou de courage, et que le paysage des Landes changent radicalement. On pourrait alors imaginer que certains endroits retournent à leur état de marécage originel, tandis que d'autres soient convertis en constructions, zones de loisirs, etc.
Alors, forêt-plantation constituée d'une seule espèce, forêt "naturelle" plus variée ou alternance de zones humides et d'activités commerciales ?
Que préférez-vous ?
Sources:
WWF, 28/01/09. Tempête Klaus: La solution est dans une restauration écologique des forêts en Aquitaine. wwf.fr
AFP, 25/01/09. La forêt en Aquitaine dévastée par endroits à 60%, Yahoo Actualités.
AFP, 28/01/09. Coût de la tempête pour les assureurs: entre 600 millions et 1 milliard d'euros, Yahoo Actualités.
C. Canellas & G. Trequesser, 26/01/09. La filière du bois durement touchée par la tempête, Reuters et Yahoo Actualités.
L. Clavreul, 27/01/09. La filière bois tournait déjà au ralenti avant d'être brisée par Klaus. Le Monde.fr
S. Pignet, 28/01/09. Des millions de tonnes de bois à terre et pas de marché, JDLE.
(1) AFP, 28/01/09. Tempête de 1999: 10 ans après, la forêt vosgienne poursuit sa convalescence, Romandie News.
(2) S. Pignet, 30/03/09. Le Fond Chaleur renouvelable adapté pour les forestiers, JDLE.
Pour aller plus loin:
Rapports WWF : « Recréer les forêts », « Si la forêt s’écroule », fiches « Restaurer la biodiversité des forêts »Documents téléchargeables sur http://www.wwf.fr/s_informer/nos_missions/forets/restaurer_des_forets_degradees
BK, 29/01/09. Les Amis de la Terre appellent les distributeurs de bois à soutenir la commercialisation de Pin des landes, France Matin.
Crédit photo:Tempête: E. Froissant, CC, Plantation: I. Wilson, CC.
Billets en rapport
- Payer pour préserver les forêts et lutter contre l’effet de serre.
- La terreur des forêts: exploitation forestière en vidéo
- Recycler le café pour faire du biocarburant ? Qu'en penser ?
- Marché du carbone et forêts, la mésentente ?
- Les nouveaux moteurs de la déforestation: urbanisation et mondialisation









Commentaires
Billet repris dans Yahoo! Actualités le 02/02 après parution sur Agoravox. :D
Malheureusement les intérêts économique vont primer et la forêt sera probablement reboisé à l'identique
http://droitdulocataire.eu
bonjour,
entreprise des travaux forestier
je voudrais savoir si vous rechercher un ou plusieur employer pour les chablis
pour me contacter :.portable: 06.18.78.61.57
.03.86.30.48.60
Merci d' avance
Jean patrick.
Qu'attendent les conseilleurs écologiques, notamment ceux du WWF, pour placer leurs économies dans la sylviculture qu'ils préconisent. Pas si fous! Ils savent bien qu'ils les perdraient. Masi pour les doctes conseils sur des problèmes qu'ils ne connaissent pas, notamment concernant la viabilité économique là ils sont très forts.
Bonjour M. Crouau,
Je me demande sur quoi vous vous basez pour affirmer cela. La sylviculture, voire la gestion forestière tout simplement, est l'une des dernières activités économiques qui se font sur le long terme (vu la durée de vie des arbres). Elle est donc souvent synonyme d'activité durable en France. Le bois est, en outre, une matière première et une énergie renouvelable et biodégradable.
Beaucoup d'atouts pour plaire aux "conseilleurs écologiques" en d'autres termes : )
Je suis d'ailleurs fils de forestier, et j'aime ma forêt, je suis de très près son exploitation et nous nous efforçons de rendre notre exploitation aussi respectueuse de l'environnement que possible. Et ça marche ! C'est économique et écologique ; ) et même social avec la chasse, les ballades, le paysage...
Et cette forêt n'est pas une plantation monospécifique (d'une seule espèce) d'arbres de même âge plantés en ligne, non, elle alterne petites parcelles plantées, parcelles naturelles et milieux forestiers annexes : prairies, landes, tourbières...
Alors, pensez-vous toujours qu'une exploitation forestière n'a rien à retirer d'une modification de ses process pour optimiser la production à long terme, mieux gérer les risques (phytosanitaire, météorologique, climatique...), devancer les réglementations, améliorer le cadre de vie ?
Bien à vous.
voici un petit rectificatif qui a son importance sur le sujet la forêt n'est pas assurable ou n'est pas eligible au regime de catastrophe naturelle.
Il existe des systemes d'assurance incendie et tempête en forêt, les rares propriétaires forestiers qui les ont souscrit sont plutôt moins malheureux que les autres aujourd'hui.
Il est certain que la promotion de ces systemes est difficile à faire., j'assure aujourd'hui pres de 230 000 ha de forêts sur l'ensemble du territoire nationale, mes clients sont comme tout le monde ils trouvent l'assurance trops chere avant. Ils font tout de même ce choix de gestion de consacrer une partie du revenu à la protection de ce capital forestier.
d'un point de vue juridique votre affirmation est fausse la situation de la forêt n'est pas differente du reste des secteurs d'assurance, la catastrophe naturelle s'applique dans un espace precis determiné par les pouvoirs publics à un bien detruit par un risque non assurable et qui par ailleurs beneficie d'une garantie d'assurance qui s'etend au risque inassurable et ce par decret de catastrophe naturelle.
En l'espece le decret de cat nat a profité à l'ensemble des communes landaises sinistrées, mais le risque tempête etant assurable ( plus de 100 000 ha de forêts landaise etaent assurées le jour de Klaus contre la tempête) les forêts qui n'etaient assurées que contre l'incendie n'ont donc pas pu se voir proposer le regime cat nat qui aurait été tres injuste par rapports aux propriètaires qui payent une prime d'assurance tempête.
codialement
xlb
Merci à vous de ces précisions.
Je tenais ces infos du syndicat des sylviculteur, qui s'exprimait à l'époque sur l'émission "C dans l'air" de France5. Je n'avais pas vérifié cette info et je fais donc mon mea culpa. Merci d'avoir corrigé cette erreur.
Et vous le rappelez bien, "l'assurance est un choix de gestion". Préfère t-on le rendement maximum ou la sécurité ? Veut-on une gestion forestière à court terme (enfin, on reste dans l'exploitation forestière...) ou à long terme, autrement dit durable ?
Bonjour,
Je suis sylviculteur en medoc, 4eme generation
Biensur que l'on peut assurer ses parcelles de bois, mais le coût de l'assurance annulle toute rentabilité possible.
Pour info : si on ne fait pas d'erreur de gestion ou de suivi cultural et sans tempete majeure, au mieux le rendement de 3%..... tout en sachant que 80 % du revenu est dans la coupe rase finale 40 ans plus tard.....
Autre précision : Le pin maritime est present en gascogne depuis plusieurs miliers d'années.... et s'avere etre l'arbre le mieux adaptéaux conditions locales... d'autre part il n'est pas certain que avant les reboisements du XIXe ce fut de tout temps un marais et une lande.
Les recherches archeologiques ont mis en evidence une presence de pins...
Il fut un temps dans l'antiquité ou l'on coupait les arbres sans replanter.....
Difficile en foret de gascogne une plus grande bio diversite, les sols etants tous plus ou moins acides, sabloneux, et pauvres, sous un meme climat.....
Bonjour Medocain,
Merci pour ce témoignage de professionnel, il est en effet important de concilier théorie et réalité pratique, sans ça, le risque est grand que l'un ou l'autre tombe dans le dogme et l'erreur.
En ce qui concerne la rentabilité, ce que vous dite est peut-être vrai pour les plantation, ou seul l'éclaircissage génère un petit revenu pendant la croissance des arbres, mais dans le cas d'une exploitation diversifiée et en mosaïque, l'exploitation peut se faire plus régulièrement (bois de chauffage, coupe rase de petites parcelles étalée dans le temps) et s'accompagner d'une gestion cynégétique (chasse) pourvoyeuse de ressources.
En ce qui concerne le Pin Maritime, il n 'est pas question de l'éradiquer ! Juste de varier les essences.
Enfin, et là je me permettrait de vous contredire, la pauvreté des sols n'est pas synonyme de pauvreté de la biodiversité. c'est même le contraire ! Dans ces milieux difficiles pour les conditions que vous énoncez, l'évolution à dû faire preuve d'un inventivité pour la survie des organismes. La biodiversité y est donc très forte, mais pas forcément très visibles: petites fleurs, insectes, reptiles, etc.
C'est le cas des pelouses sèches:
http://gregprojetdurable.blog.ouest...
http://gregprojetdurable.blog.ouest...
Bien à vous.