L'université et l'insertion des jeunes diplômés
Par Gregoire Macqueron le mercredi 31 mars 2010, 22:16 - Milieu professionel & Emploi - Lien permanent
Le jeune diplômé est transitoire, c’est un ancien étudiant et il est appelé, il aspire à devenir un travailleur qui ne serait plus désigné comme un jeune diplômé. Pour cela, il a du réussir ses études et il doit trouver ses premiers emplois.
Le hic, c’est qu’à l’université (à l’exception des IUT et IUP), réussite aux études (le diplôme) et insertion professionnelle sont souvent déconnectées. L’une des raisons est l’absence de préparation des étudiants à la recherche de l’emploi et à la professionnalisation. On y apprend des connaissances quand les employeurs recherchent des compétences, on développe l’autonomie quand le réseau ouvre des portes.
Mes propos sont un peu caricaturaux, mais ils traduisent une tendance de fond regrettable pour les jeunes diplômés qui s’attaquent pour la première fois au marché de l’emploi du secteur où ils souhaitent faire leur vie. Je souhaitais donc profiter du débat du mois sur les jeunes diplômés pour aborder une lacune criante du monde universitaire : la préparation à la recherche d’emploi.
C’est dommage, car il suffirait de peu pour que les étudiants soient mieux armés. Il manque un certain état d'esprit de l’employabilité à l’université. Si les étudiants / futurs jeunes diplômés regardent d’un drôle d’œil les écoles de commerce et d’ingénieur, se disant qu’ils en font trop avec leurs galas, leurs investissements associatifs obligatoires et leurs réunions d’anciens, il leur manque une dose de cet esprits de corps et de réseau si important par la suite.
Penser réseau
Un exemple simple et révélateur que j’ai vécu : l’adresse mail étudiante. Chaque étudiant de mon université avait une telle adresse en @etudiant-universite.fr et l’utilisait pour communiquer avec les profs et les autres membres de la promo, à l’occasion d’un projet par exemple. En dehors de ses limitations un peu risibles (100 Mo max !), cette adresse a un gros défaut : dès qu’on quitte l’université, elle est résiliée.
Impossible donc pour l’université de reprendre contact avec ses anciens étudiants et impossible aussi à ces anciens de se recontacter s’ils n’étaient assez proches (ou prévoyants) pour avoir échangé d’autres coordonnées. Heureusement qu’il y a Facebook !
Est-ce si compliqué et absurde de créer des adresses mails permanentes pour les étudiants ? Si c’est le cas, pourquoi créer des adresses si limitées qui risquent d’être utilisées quand tout un chacun peut désormais créer facilement un compte mail gratuit, performant et permanent ?
Au contraire, l’université devrait promouvoir listes de diffusion et les réseaux professionnels tels que Viadéo, et ce dès le début des cursus, pas uniquement les 6 derniers mois avant le stage final, au mieux…
Penser compétence
Un des obstacles des jeunes diplômés lors de leur recherche d’emploi est de définir ses compétences. Finalement après 3, 5ans d’études, que sait-il faire ? Ce qu’il sait, ça va, c’était écrit sur tous ses emplois du temps, sujets d’examens, relevés de notes : UE « connaissance de tout » UE « connaissance super pointue sur un petit détail »…
Serait-ce une révolution de préciser aux étudiants que dans l’UE « météorologie dynamique » ils apprennent à acquérir des données, traiter un signal, construire des modèles etc. ? Mieux encore, pourquoi ne pas faire le lien entre ces compétences et leur utilisation dans le monde du travail, avant même de choisir les modules d’enseignement, plutôt que d’essayer péniblement de valoriser cette connaissance sur un CV ?
Un module de traduction de ce que l’on a appris au cours de ses études dans le langage de l’employabilité ne serait pas du luxe. Ainsi, les jeunes diplômés seraient peut-être opérationnel plus rapidement et sauraient mieux se vendre sur le marché du travail.
Espérons que les étudiants avertis pourront mieux préparer leur réseau et leur bilan à l’avenir et que les universités les y aideront.
Et vous, avez-vous aussi été étonné de la hauteur de la marche entre le monde universitaire et le monde du travail ? Y aurait-il d’autres astuces faciles à mettre en place à l’université pour faciliter la tâche des jeunes diplômées ?






Commentaires
Pour beaucoup la compétence se résume au savoir-faire et pour beaucoup un jeune qui sort fraichement diplômé de l'université n'a pas de savoir-faire... il y a un travail à faire sur deux choses : comme vous le dites, le jeune diplômé a assurément des compétences mais il faut qu'on lui apprenne à s'en rendre compte et à les vendre mais il faut aussi que les recruteurs ne se focalisent pas uniquement sur une conception restrictive du savoir-faire et qu'en plus ils n'oublient pas le savoir-être.
Toutefois, il me semble que l'université entretient malheureusement le fossé. Je vais parlé que de ce je connais. En droit, un étudiant peut aller jusqu'au titre de docteur en droit sans jamais faire une once de pratique ce qui est une véritable bêtise. Cela le jeune diplômé ne s'en rend compte que lorsqu'il devient jeune actif. Sans entrer dans un système d'alternance, il devrait nécessairement être inclu dans le cursus universitaire une phase de pratique, même pour les personnes qui ne souhaitent que faire de la "théorie" pour devenir enseignant-chercheur. Les maitres de conférence et professeur agrégé des universités de droit sont pour beaucoup enfermés dans leur bulle et entretiennent la coupure entre le terrain et l'université... mais bon cela est un avis qui n'engage que moi
Salut, je viens de debuter un blog emploi, alors même s'il n'est pas encore très fourni pour le moment, il se propose de donner des conseils à la recherche d'emploi et mon regard ( souvent sévere ) sur le monde du travail tel qu'il est aujourd'hui...
Il peut donc fournir une source d'information intéressante.
Je pense que ça depend beaucoup de la formation qu'on a pus recevoir. Dans certain domaine, ou les patrons viennent directement à vous, ou bien la formation nous a tellement habitué avec des stages que cela ne pose pas vraiment de problème.
Il faut tenir compte de plusieurs facteurs en effet : la formation (qui au final n'est pas forcément importante), les compétences, le savoir faire qui est très important, et le savoir être aussi. Ce dernier permet beaucoup de chose, mais il reste informel et ne s'apprend pas à l'Ecole. Enfin, c'est un point de vu.
Je suis complétement d'accord avec cet article et regrette le peu de lucidité des enseignants chercheurs en faculté qui prônent une formation indépendante des exigences et demandes des entreprises. A se demander parfois s'ils ne souhaitent pas faire de tous leurs élèves des enseignants chercheurs prêts à la relève!
L'université est en pleine restructuration en France et l'insertion des jeunes diplômés est de plus en plus difficile. Cependant de plus en plus d'école propose un accompagnement de ses élèves pour optimiser leur chance de trouver un emploi rapidement dès leur sortie de l'école.
Pour ce qui est du "penser réseau", je pense que peu à peu c'est intégré. Le coup des adresses mails et effectivement stupide, mais pour le reste, ça progresse. Les adresses perso sont recensées, des mailings listes créés. il y a même un site du genre Facebook adapté aux anciens étudiants pour mon ancien université. Et même si les étudiants ne sont pas actifs, les profils sont en totalité pré-remplis.
Pour le reste, le chemin est encore long pour rendre l'université efficace.
@Cédric:
Oui, les choses évoluent fort heureusement, je suis moi-même membre d'une mailing-list d'un ancien master. Je reçois par ce biais des offres de stages, de thèses, d'emploi, des témoignages et ce genre de chose. Une initiative de l'équipe de ce master que je salue !
De plus en plus d'écoles propose des "stages d'insertion" professionnels mais bon c'est pas toujours faciles pour les jeunes diplômés. il est vrai que la meilleure solution reste le "réseautage" très bien intégrés depuis de nombreuses années dans es ecole d"ingenieur et ecoles de commerce
Ca bouge oui, mais ca bouge lentement. D'un autre coté à l'école on apprend et dans l'entreprise on travaille. Les facs sont un peu obligées de se mettre au gout du jour comme l'on dèjà fait les écoles de commerce !
Vous avez raison. J'enseigne à l'Université et je vois le même problème. Bon point!